chronique

I Points de vue sur l'artiste



I Vitry 2008 : Une chronique imagée

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I Maison Européenne de la photographie. Tour d’un monde 1981-2008

La magie Rousse

« L’architecture est la condition première et préalable à mon travail. Sans elle et sans cette mémoire ultime de l’architecture que je souhaite conserver, mon œuvre n’existerait pas ». Georges Rousse annonce d’emblée la couleur, et c’est sans doute là sa grandeur, cette façon de ne pas tirer la couverture à lui, alors que son travail, aujourd’hui accroché dans deux lieux parisiens est si subtil. Rien n’échappe à cet artiste nomade (né à Paris en 1947) qui prend possession d’un lieu à Madrid, à Casablanca ou n’importe où dans le monde, et le transforme intuitivement jusqu’à sa proposition finale : la photographie, présentée en deux formats, 125x160cm ou 180x230cm.
Se retrouver face à ces photographies est une expérience en soi. Il n’y a aucun homme, pas le moindre animal, aucune respiration à laquelle s’accrocher. Même pas de boussole temporelle, ou d’échelle. Il y a un temps d’adaptation ou plutôt de mystère, car l’on ne sait jamais ou l’on est vraiment. Ce qui ne veut pas dire que l’on est perdu, bien au contraire, nul mieux que Georges Rousse n’arrive à donner l’idée précise d’un espace. Cage d’escalier, hangar, bureau, musée, monument historique, vieille cabane vouée à la démolition, il incarne l’esprit du lieu. Ce qu’il fait, pour chaque installation, a pourtant l’air aussi simple qu’un jeu d’enfant : un dessin, un carré noir, un mot inscrit en lettres capitales, un cercle rouge sang, mais quelle magie ! Son secret ? Il construit des ponts entre les images et les spectateurs, littéralement, il renverse les lois de la perspective avec l’habileté d’un sauteur de haies.
D’une image à l’autre, d’un pays à l’autre, certains motifs reviennent et servent de balise, comme des mandalas. Ainsi à Bhaktapur, dans l’une des villes de la vallée de Katmandou, où il réalise une de ses performances les plus incroyables, transformant un tapis de pierre en un tapis de prières, ou vice-versa, et offrant, grâce à des reflets d’or et de feu, l’illusion d’un coucher de lune sur l’eau. A Kobe juste après le tremblement de terre, il est là, et sans rien masquer des failles de la terre, de la catastrophe in situ, il invente des fissures de lumière d’une terrible beauté.
Dans le catalogue énorme, qui accompagne les expositions, Georges Rousse raconte ce qui le nourrit. C’est un grand marcheur (au Népal notamment), et c’est ainsi que l’on se sent après avoir parcouru le monde de 1981 à 2008 à ses côtés : oxygéné. Ne pas manquer la vidéo au sous-sol de la MEP (Maison Européenne de la photographie) : sa modestie crève l’écran, et il a cette gentillesse si rare d’expliquer à ceux qui l’accompagnent combien sa mathématique de l’art est avant tout une façon de fouler le réel, en bonne compagnie.

Brigitte Ollier.
LIBERATION, article paru dans l’édition du 16. 05. 2008


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I Galerie Catherine Putman

Georges Rousse n'est pas seulement un photographe. Les amoureux des subtiles anamorphoses que l'artiste français, né en 1947, réalise dans des friches industrielles ou des bâtiments historiques, avant de les fixer sur la pellicule, vont avoir un choc. Sauf à être allé au Musée Réattu d'Arles, cet été, où à la dernière FIAC, sur le stand de la galerie Catherine Putman. Car voici les dessins préparatoires à ses séduisants trompe-l'œil. On y découvre un amoureux éperdu de la perspective, passionné au point de lui faire subir l'infidélité suprême, en la confrontant aux deux dimensions du papier. Un bémol, toutefois, qui peut aider à comprendre pourquoi l'artiste a mis tant de temps à révéler cette facette de son travail : l'amateur est un peu dans la situation, enivrante et frustrante à la fois, d'un gosse à qui un magicien expliquerait le secret de ses tours. Les aquarelles, remarquables au demeurant, permettent de visualiser, littéralement, ce qui passe dans l'œil de Rousse, voire plus profondément, lorsqu'il est confronté à une architecture.

Une autre étape est travaillée à partir de Polaroid, qui permettent d'étalonner la lumière des sites avant de les photographier définitivement. Catherine Putman, une des meilleures spécialistes de l'estampe, inaugure ainsi un nouvel axe de travail pour sa galerie.

Harry Bellet
LE MONDE, Article paru dans l'édition du 27.01.2007

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